2027 - Candidat à l'élection présidentielle

Programme phase 1

Mesdames et Messieurs les gens d’en bas, puisque c’est ainsi que l’on vous nomme avec une élégance feutrée dans ces salons parisiens où l’on conçoit votre quotidien sans jamais le partager.

Je sollicite vos suffrages non pour faire carrière, car la mienne est derrière moi, pas plus que je ne viens vous vendre un catalogue de promesses de style start-up nation, emballé dans du papier marketing par des communicants payés au mot.

Vous êtes fatigués de cette fameuse – ou fumeuse – « pédagogie » ministérielle qui consiste à vous expliquer, avec un sourire de premier de la classe, que ce que vous vivez chaque jour n’est qu’un défaut de perception de votre part.

Suite à nos échanges, voici la version définitive de mon programme, celle consacrée à une gestion de la France débarrassée des illusions managériales, de la novlangue administrative et de la manipulation ordinaire. Un programme de pur bon sens, ou plutôt de salubrité publique.

Article 1 : L’éradication de la Novlangue d’État
La première urgence est sémantique. Nous nettoierons les cabinets ministériels de leurs « éléments de langage ». Sous mon mandat, un chat sera un chat. La transparence verbale sera inscrite dans la Constitution. Tout texte officiel, tout discours ministériel, tout rapport public devra utiliser un français clair, précis et vérifiable. Si un gouvernement n’est plus capable de nommer le réel, il sera déclaré en incapacité technique et remplacé.

Article 2 : Obligation de résultat et responsabilité réelle
Les hauts fonctionnaires et les ministres seront soumis à une obligation de résultat opposable, assortie d’indicateurs publics, simples et mesurables, définis avant le lancement de toute réforme. En cas d’échec avéré, constaté par un audit indépendant dans les six à douze mois, le départ de la personne concernée ou la suppression du poste sera la règle. Pas de « remaniement technique », pas de recyclage, pas de parachute doré. Le départ sera prononcé après une procédure contradictoire courte et publique. On ne confondra plus responsabilité et règlement de comptes.

Article 3 : Le démantèlement de la fabrique du consentement
Nous interdirons le recours aux cabinets de conseil privés pour l’élaboration des politiques publiques stratégiques. Les budgets de communication des ministères seront réduits de 80 %. L’argent public financera des services, pas des clips de propagande ni des campagnes destinées à faire accepter l’inacceptable. Toute campagne de communication gouvernementale devra indiquer clairement son coût et son objectif.

Article 4 : Le principe de l’échec constructif
Si une politique publique échoue, on le reconnaîtra publiquement dans les six mois, on arrêtera les frais et on changera de méthode. Le droit à l’erreur sera reconnu à l’État, à une seule condition : qu’il en tire immédiatement les leçons et les rende publiques. L’orgueil idéologique et l’enfermement dans l’erreur ne seront plus tolérés. Un échec payant n’en est plus un ; un échec coûteux et nié est une faute.

Article 5 : Audit général des « usines à gaz » administratives
Toutes les structures parapubliques, agences, autorités administratives indépendantes et comités Théodule feront l’objet d’un audit de performance froid et indépendant. Si une structure passe plus de temps à justifier sa propre existence qu’à rendre un service direct et mesurable aux citoyens, sa mission sera terminée ou profondément recentrée. On supprimera les process qui servent à diluer les responsabilités.

Article 6 : Inversion de la pyramide décisionnelle
Les réformes ne partiront plus du sommet pour être imposées en bas. Ce sont les praticiens de terrain – soignants, enseignants, policiers, techniciens, agents de terrain – qui rédigeront les cahiers des charges de leurs secteurs. Les administrations centrales auront pour mission de fournir le support logistique, juridique et budgétaire nécessaire à l’exécution de ces décisions, et non de donner des ordres hors-sols.

Article 7 : Fin de la diplomatie des bons sentiments
Nous cesserons les postures morales de façade et les grandes déclarations humanistes qui ne dupent personne. La parole publique se limitera à l’énoncé des faits, des chiffres et des arbitrages réellement pris. Toute affirmation gouvernementale devra pouvoir être vérifiée. On ne confondra plus diplomatie et communication émotionnelle.

Article 8 : Réforme du statut des élus et des ministres
Nous mettrons fin à la professionnalisation hors-sol de la politique :

  • Chaque élu national (député, sénateur) devra conserver ou reprendre une activité professionnelle réelle dans l’économie ou le service public, dans la limite compatible avec le mandat.
  • Un système d’heures de délégation strictes et plafonnées sera mis en place, inspiré du modèle des représentants du personnel, avec publication mensuelle du temps effectivement consacré à la fonction.
  • Les indemnités et avantages seront alignés sur des niveaux raisonnables, sans enrichissement disproportionné. Les privilèges hors norme (résidences, frais non justifiés, cumul) seront supprimés.
  • Le mandat offrira une protection juridique strictement liée à l’exercice de la fonction, et non un bouclier pour l’impunité.
  • Les ministres, compte tenu de la charge exécutive, pourront être à temps plein, mais avec un mandat court, une obligation de transparence patrimoniale renforcée et l’interdiction de tout parachute doré ou reconversion immédiate dans les secteurs qu’ils ont régulés.

Article 9 : Lutte contre le blocage stérile
L’opposition constructive est un droit. Le dépôt massif d’amendements identiques ou purement dilatoires, dont le seul objet est de paralyser les débats, sera encadré par le règlement intérieur des assemblées. Les sanctions éventuelles (limitation temporaire de certains droits de parole ou de dépôt) ne pourront être prononcées que par une instance paritaire, de façon proportionnée, motivée et publique. Elles ne pourront en aucun cas servir à museler une opposition sur le fond. Créer pour simplifier doit rester la boussole ; bloquer pour bloquer ne sera plus une stratégie rentable.

Article 10 : Formation technique obligatoire des élus
Pour que les représentants puissent exercer leur mandat sans dépendre exclusivement des notes de la technocratie, une formation courte, intensive et obligatoire sera mise en place dès la prise de fonction. Elle portera sur l’analyse budgétaire, la lecture juridique et la gestion des organisations publiques. Elle sera sanctionnée par une évaluation. Les collaborateurs parlementaires y seront également soumis. On ne vote pas une loi sur l’économie ou le social sans en maîtriser les fondamentaux.

Article 11 : Irréprochabilité comportementale
Au sommet de l’État, le moindre manquement avéré à l’éthique, le moindre harcèlement, le moindre conflit d’intérêts ou abus de pouvoir entraînera la cessation immédiate des fonctions, sans recyclage ni comité de complaisance. Les règles qui s’appliquent aux salariés ordinaires s’appliqueront enfin à ceux qui dirigent.

Article 12 : Reconstruction de la capacité d’action de l’État
Nettoyer ne suffit pas. Après la suppression des structures inutiles et le recentrage des missions, nous reconstruirons une administration compétente :

  • Recrutement orienté vers l’expertise technique et l’expérience de terrain, et non uniquement vers les parcours purement administratifs.
  • Réduction des strates hiérarchiques et responsabilisation réelle des managers de proximité.
  • Mise en place d’indicateurs de performance publics, simples et stables dans le temps.
  • Protection effective des lanceurs d’alerte internes et des agents qui signalent les dysfonctionnements.

Article 13 : Transparence radicale et évaluation indépendante
Toute politique publique d’envergure fera l’objet d’une évaluation indépendante publiée dans un délai fixe. Les données essentielles (budgets, résultats, coûts réels) seront accessibles en open data. On ne pourra plus se cacher derrière des rapports d’auto-évaluation ou des chiffres arrangés.

Voilà.

Ce n’est pas un programme pour vous faire rêver - le rêve en politique reste la première étape de la manipulation - c’est un plan de redressement froid, pragmatique et chirurgical, corrigé pour être applicable sans créer autant de problèmes qu’il prétend en résoudre.

Je sais ce que l'on chuchotera dans les couloirs des ministères en lisant ces lignes. On y verra de l'utopie, ou pire, un manque de respect pour les « institutions ». La vérité est plus simple : le véritable respect des institutions commence par le respect de ceux qui les financent et de ceux qui les font tourner au quotidien.

On ne redresse pas un pays à coups d'effets de manche et de comités d'autosatisfaction. On le redresse en acceptant de voir le réel en face, en mesurant ses échecs pour arrêter de les payer, et en remettant la responsabilité à sa juste place.

Il ne tient qu'à vous de cesser d'être les spectateurs de votre propre manipulation.

Alain Leblay
Candidat à l aprésidentielle 2027

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